Introduction

Aujourd’hui, les inégalités femmes-hommes sont au cœur des débats et des actions militantes, principalement dans les pays du Nord. Cette avancée permet de se questionner plus en profondeur sur le genre et ses stéréotypes, et ouvre ainsi une réflexion sur le sujet de la transidentité, qui est de plus en plus abordé et médiatisé. Les œuvres cinématographiques qui traitent cette thématique florissent et se diversifient : cette année par exemple, le film Girl, réalisé par Lukas Dhont sur l’histoire d’une jeune danseuse trans, a reçu multiples prix dont la Caméra d’or et la Queer Palm.

Les personnes transgenres sont les personnes qui se sentent correspondre à un autre genre que celui qui leur est assigné à la naissance. Le terme « transsexuel(le) » apparaît officiellement en 1953. Depuis, la perception qu’a la société des personnes trans n’a cessé d’évoluer.

Le dramaturge Eugène Ionesco disait :

L’oeuvre d’art n’est pas le reflet, l’image du monde; mais elle est à l’image du monde.

lily elbe
Tableau de Lili Elbe, femme transsexuelle née au Danemark, 1928

C’est donc à travers un prisme artistique que nous étudierons le sujet, en écho à cette citation. La transidentité a été abordée par divers écrivains reconnus, comme Balzac, Sand et Woolf : cependant nous avons choisi de nous pencher sur sa représentation dans l’art à travers le cinéma. Nous nous concentrerons ici sur la période de 1960 à nos jours, et principalement sur l’Europe mais aussi, à l’occasion de certains films, sur d’autres pays du Nord tels que le Canada, les États-Unis et l’Australie.

Nous avons choisi ce sujet car nous avons remarqué que la transidentité reçoit encore trop peu de médiatisation, malgré un certain intérêt grandissant. C’était aussi par curiosité à l’égard de l’histoire du mouvement trans et dans l’optique d’apprendre de nouveaux termes autour de la question du genre. Nous avons toujours été intéressées par la communauté LGBT+ et nous étions enclines à visionner des films sur le sujet : soit pour découvrir des films que nous n’aurions pas forcément eu l’idée de regarder sans ce travail, soit pour regarder ceux qui avaient déjà attiré notre attention. C’est donc naturellement que nous nous sommes tournées vers la représentation des transidentités dans le cinéma.

Notre sujet concerne les trois disciplines histoire, Education Morale et Civique et littérature. Il s’inscrit dans le thème national “Frontières” : en effet nous pouvons constater qu’il comprend plusieurs frontières. Tout d’abord la frontière établie entre les genres masculins et féminins, qui n’est pourtant pas aussi tranchée que dans les esprits occidentaux actuels. Effectivement, on remarque que beaucoup de cultures à travers l’histoire et le monde ne divisent pas les genres en catégories binaires. Certaines sociétés sont parfois divisées en trois à cinq genres, par exemple au Mexique avec les muxes (un troisième genre), ou en Indonésie, où en plus des hommes et des femmes, sont reconnus les androgynes, les hommes travestis et les femmes travesties. De plus, nous étudions la frontière qui existe entre l’art et la société, en comparant des films avec l’époque dans laquelle ils s’inscrivent.

Nous nous demanderons ainsi dans quelle mesure il existe une interdépendance entre l’évolution de la société et la représentation cinématographique de la transidentité de 1960 à nos jours. 

Dans une première partie, nous définirons les termes clés de ce travail, notamment la différence entre “genre” et “sexe”, et le vocabulaire trans. Par la suite, nous étudierons trois périodes de l’histoire : les années 60 et 70, les années 80 et 90 et les années 2000 et 2010. À chacune d’elle, nous associerons sa législation, ses mentalités et sa représentation cinématographique des transidentités. Enfin, nous répondrons à la problématique initiale dans une conclusion de fin.