Conclusion

Le cinéma et le contexte historique évoluent bien souvent en parallèle l’un de l’autre. Ainsi, notre travail met en lumière des liens réciproques entre l’histoire trans et les films qui traitent ce sujet.

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En effet, lorsque la transidentité était encore très marginalisée et incomprise par la société, dans les années 60-70, le cinéma livrait une vision moqueuse sans être vraiment claire sur ce qu’était l’identité de genre. La confusion qui planait à l’époque fut donc bien retranscrite dans le cinéma. Bien qu’abordée avec dérision, la représentation de personnages comme Albin a ouvert une réflexion et a donc permis des avancées ultérieures.

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Par ailleurs, les années 80-90, qui marquaient un tournant de la condition trans avec une explosion du militantisme, sont associées à une représentation progressiste, surtout dans la fin des années 90. On peut même parler de dépassement des mentalités, à travers une réelle acceptation et inclusion des personnages trans. Cependant, certains clichés sont encore véhiculés, comme celui d’associer les trans aux milieux des cabarets et de la prostitution.

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Enfin, dans les années 2000-2010, la représentation florit, parallèlement à une visibilité croissante et à une législation de plus en plus souple. Le regard porté sur la transidentité dans le cinéma est axé sur l’émotion et est abordé sous un angle plus touchant, plus profond. Cela dénote d’une volonté de faire avancer les mentalités et de répondre aux discriminations qui subsistent.

Il s’est donc opéré une véritable évolution de la dérision à l’émotion, en passant par l’acceptation, qui a pu se produire grâce à de multiples combats ainsi qu’à la sensibilisation par l’art qui a mené à une ouverture d’esprit progressive.

Pour finir, nous voudrions aborder quelques problématiques que nous n’avons pu évoquer auparavant. En effet, malgré l’ouverture d’esprit qui s’est épanouie dans la dernière époque que nous avons traité, il est encore légitime actuellement de se poser des questions sur la représentation des transidentités au cinéma.

Tout d’abord, la très grande majorité des œuvres cinématographiques que nous proposons parlent de femmes trans ! Qu’en est-il des hommes trans, sont-ils effectivement moins représentés et si oui quelles peuvent en être les raisons ? De la même manière, les personnages non-binaires sont encore trop absents des salles de cinéma, ce qui doit être dû à la méconnaissance des identités de genre non-binaires. Cependant, sans représentation, comment remédier à cette méconnaissance ?

D’autre part, on peut remarquer que fréquemment, les personnages trans sont joués par des acteurs et actrices cis. Dans The Danish Girl, Lili est jouée par Eddie Redmayne, un homme cis ; dans Girl, il en est de même avec Victor Polster qui incarne Lara ; pareillement avec Melvil Poupaud dans Laurence Anyways ainsi que dans Tomboy avec Zoé Héran dans le rôle d’un (supposé) garçon trans. L’industrie du cinéma ne serait-elle pas hypocrite de transmettre à travers ces films de beaux messages de tolérance tout en employant quasi exclusivement des personnes cisgenres, ne laissant pas les acteurs et actrices trans se faire une place dans le monde du cinéma et s’approprier leurs propres représentations ? Cette exclusion et invisibilisation des acteurs et actrices trans ne serait-elle pas finalement une forme de discrimination ?

Ainsi, bien que les films de notre époque se veuillent bienveillants et progressistes, ils sont également la preuve que des combats restent à mener pour achever d’ouvrir les esprits au thème de la transidentité.