Histoire

Une prise en considération

C’est véritablement dans les années 80 que le mouvement transgenre commence à se détacher des cabarets et du travestissement. La transsexualité rentre en 1980 dans les classifications du DSM, le Manuel Diagnostique et Statistique de la liste des troubles mentaux : on la classe alors dans les “troubles de l’identité sexuelle” ou “dysphories de genre”, à côté de “l’identité sexuelle ambiguë” (identité hermaphrodite). Elle est donc officiellement reconnue, mais seulement en tant que trouble mental, ce qui alimente les fausses croyances sur la transidentité.

Cette période marquera le début d’une véritable considération des trans, même si elle ne sera pas toujours très positive puisque ce changement entraînera inévitablement la transphobie et la discrimination. Cependant, il ne faut pas négliger le rôle de ceux qui ont pris leur défense, comme les associations, les artistes (notamment dans le cinéma où leur représentation se développe) et toutes les personnes tolérantes et ouvertes d’esprit qui ont contribué à leur acceptation progressive.

La vie des personnes trans

Le pasteur Joseph Doucé, source : Boywiki

Parmi les femmes trans les plus connues, certaines comme Bambi (alias Marie-Pierre Pruvot) souhaitaient surtout rester privées sur leur transidentité, tandis que d’autres comme Hélène Hazéra ne s’en cachaient pas. L’angoisse que tous et toutes partageaient était celle de ne pas être identifié·e·s comme ils/elles le souhaitaient, d’être “repérables” par leur voix ou leur apparence. A cette époque, le simple fait d’être visible constituait déjà un acte de militantisme. Certain·e·s faisaient le choix de choquer en se rendant le plus voyant possible pour recevoir un semblant d’acceptation. Le soutien des associations ou des proches était primordial, et parfois même vital notamment à cause des agressions ou meurtres transphobes. Lorsque le pasteur Joseph Doucé, qui s’intéressait déjà à la communauté LGBT+, rédige “Question Transsexuelle” en 1986, il meurt assassiné quatre ans plus tard dans des circonstances non-élucidées.

Au niveau de la médiatisation, la représentation des hommes trans ne commence à la télévision que dans les années 1980, et ce n’est que dans les années 2000 qu’ils prendront réellement leur place. Deux films très importants font leur apparition, Priscilla, queen of the desert et Todo sobre mi madre que nous analyserons par la suite.

L’explosion des associations

Juin 1989 est marqué par la création d’Act-Up à Paris. Par la suite, une multitude d’associations militant pour les droits des personnes gays, lesbiennes et trans feront leur apparition dans la même période. L’association du Syndrome de Benjamin (ASB), créée en 1994, reprend l’appellation du même nom qui désignait, en 1950, une transition vers l’autre genre. C’est un espace protégé pour les trans, ainsi que la première association à demander la dépsychiatrisation du terme “transsexuel”.

En 1993 apparaissent deux grandes associations : la PASTT (qui couvre plusieurs domaines, tels que la prévention, l’action, la santé et le travail pour les transgenres) fondée par Camille Cabral, et le centre George Devereux. La PASTT offre aux transsexuel·le·s et aux travesti·e·s, principalement travailleurs du sexe, des conseils, du soutien et une aide aux démarches sanitaires et juridiques. Le centre Georges Devereux, quant à lui, adopte une approche anthropologique de la transidentité, avec des recherches poussées et des consultations psychologiques.

Le début de la visibilité

Affiche, édition de 1998, source : existrans.org

Le 6 décembre 1997 a lieu à Paris la première Existrans, une manifestation organisée par l’ASB pour les personnes trans et tous ceux qui les soutiennent. C’est l’occasion d’obtenir une meilleure visibilité pour ceux et celles qui vivent alors souvent cachés, ou s’il ne l’étaient pas, exposés à l’incompréhension et à la transphobie de la société. Cette marche rassembla pour sa première édition une soixantaine de personnes.