Une fierté et une visibilité croissantes
La fierté à travers la création d’un drapeau

Un véritable symbole de la transidentité est apparu en 2000. Effectivement, Monica Helms, une femme trans, a dessiné en 1999 le « drapeau de la fierté transgenre ». Il a été montré pour la première fois durant la marche des fiertés de 2000 à Phoenix, aux États-Unis.
Ce drapeau est orné de 5 bandes horizontales : une bande blanche au milieu, deux bandes roses de chaque côté de celle-ci et deux bandes bleu clair aux extrémités. Selon la dessinatrice du drapeau, la signification de ces couleurs est la suivante :
Le bleu clair est la couleur traditionnelle pour les bébés garçons, le rose pour les filles, et le blanc au milieu est pour ceux qui sont en cours de transition, ceux qui se ressentent d’un genre neutre ou sans genre, et ceux qui sont intersexes.
Monica Helms
Bien qu’il existe à l’heure actuelle une multitude d’autres drapeaux transgenres et transsexuels, celui-ci est le plus couramment utilisé, tout du moins en France. Il reste néanmoins assez peu popularisé, (contrairement au drapeau arc-en-ciel par exemple, qui représente la communauté LGBT+ depuis 1978) et est surtout connu des personnes qui sont déjà familiarisées avec le milieu trans.
La visibilité des trans et de leurs revendications
En 2009, la Journée internationale de visibilité transgenre est créée par la militante américaine transgenre Rachel Crandall. C’est ainsi la journée du 31 mars qui chaque année est dédiée à la célébration des personnes transgenres et à la sensibilisations aux discriminations qu’elles subissent.

En France, le premier événement organisé pour l’occasion s’est produit le 31 mars 2018. Plusieurs associations en étaient à l’origine, comme l’Inter-LGBT, Pari-T, le centre LGBT Paris Île de France, les associations Bi’Cause et MAG Jeunes LGBT. L’événement était constitué d’animations et de témoignages autour de la transidentité et s’est déroulé sur la Promenade Coccinelle à la jonction des neuvième et dix-huitième arrondissements. Ce lieu a une forte portée symbolique : inauguré en mai 2017, son nom rend hommage à Coccinelle, la première célébrité française a avoir changé officiellement d’état-civil, en 1958. C’est également la seule rue honorant une personne trans dans une capitale européenne.
De la même manière, la visibilité du mouvement s’accentue par les manifestations durant lesquelles les personnes trans (et intersexes) occupent l’espace public. Depuis sa création en 1997, l’Existrans rassemble à Paris années après années plusieurs centaines voire milliers de personne qui revendiquent leurs droits.
À partir de 2007, année où a eu lieu une marche à Barcelone en parallèle de celle de Paris, des marches similaires se sont déroulées simultanément dans d’autres pays du monde, comme l’Espagne depuis 2007, la Belgique et le Portugal depuis 2008, et l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Turquie, le Canada, les États-Unis, le Mexique, le Venezuela, la Colombie, l’Équateur, le Pérou, le Brésil, le Chili et l’Argentine depuis 2009.

La 22ème édition de l’Existrans s’est déroulée le 13 octobre 2018 à Paris et a réuni quelques centaines de personnes sous le mot d’ordre « La France expulse, mutile et précarise les personnes trans et intersexes ».
Ces marches et leurs mots d’ordre annuels expriment clairement un nombre important de revendications et dénotent des discriminations qui existent encore à l’égard des personnes trans et intersexes.
Des progrès législatifs mais toujours insuffisants
L’année 2007 a aussi connu une grande avancée législative : c’est l’année où les Principes de Yogyakarta ont été présentés devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Ces principes constituent un texte international sur l’application des droits humains relativement à l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Les principes ont pour but de formaliser les normes juridiques internationales auxquelles les États doivent se conformer, afin de protéger les personnes LGBT+ des discriminations et de rendre aux citoyens la libre disposition de leur état civil. Yogyakarta est le nom de la ville indonésienne où ces principes ont été rédigés.
L’année suivante, le 18 mars 2008, ces principes ont entraîné l’énonciation par l’Assemblée générale des Nations unies de la Déclaration relative à l’orientation sexuelle et l’identité de genre.
En France en 2010, après de longues années de revendications de la communauté trans pour une dépsychiatrisation de la transsexualité, la ministre de la santé Roselyne Bachelot déclare que le transsexualisme et “les troubles précoces de l’identité de genre” ont été retirés de la nomenclature des affections mentales de longue durée. Pour autant, ce n’est pas une réelle dépsychiatrisation selon beaucoup de militants trans, et notamment l’association OUTrans. Effectivement, les personnes trans continuent d’être traitées par les équipes hospitalières comme des malades mentaux qui doivent se soumettre à un suivi psychiatrique.
Une transphobie encore très ancrée
Il subsiste encore actuellement de multiples formes de transphobie. Tout d’abord, il existe une véritable transphobie institutionnelle, qui, d’après Gaëlle Krikorian (une sociologue française) est due à « la soumission des trans au pouvoir médical et au pouvoir juridique ». De multiples pays, y compris dans l’Union Européenne, mettent en place des obstacles institutionnels à l’accès aux soins des personnes trans ou à la reconnaissance de leur identité de genre par le changement d’état civil.
De plus des mouvements hostiles à la communauté trans se sont développés. En 2016, le lendemain de la vingtième édition de l’Existrans, des militants de la Manif pour tous ont défilé dans les rues de Paris : ce mouvement créé en 2012 prône des valeurs familiales « traditionnelles » (opposition au mariage homosexuel et à l’homoparentalité) et rejette le concept de genre.
La transphobie se manifeste ainsi sous divers aspects dans la vie des personnes trans, allant de leur mé-genrage délibéré à des agressions en passant par le harcèlement et la discrimination à l’embauche ou au logement.
Heureusement pour contrer cela, la transphobie a été pénalisée en France en juillet 2012 par le Sénat, qui l’a inscrite sur la liste des discriminations punies par le code pénal sur laquelle elle ne figurait pas officiellement jusqu’ici.
Des mentalités plus ouvertes
Malgré tous les préjugés intolérants et actes de rejet qui subsistent, on observe une ouverture d’esprit de plus en plus grande dans la société. D’après Jean-François Dortier, un sociologue qui écrit pour le magazine Sciences humaines, la victoire de l’Eurovision en 2014 par Conchita Wurst (Tomas Neuwirtz), un homme travesti, serait révélateur des mentalités de notre époque. Il écrit :
Le “transgenre” susciterait la curiosité, mais ne serait plus un sujet de moquerie, d’opprobre et de marginalité.
