Le reflet d’un regard moqueur et ignorant

En 1959 est créé le film Certains l’aiment chaud de Billy Wilder, où le travestissement est abordé comme prétexte d’humour et de dérision, mais cependant traduit d’une certaine ambiguïté sexuelle à une époque où la question du genre était encore très peu présente.

Rebis, 2016
Le film The Rocky Horror Picture Show de 1975 offre, quant à lui, une vision de la transsexualité monstrueuse : le personnage queer le plus iconique du film, Franck N Further, est non seulement un alien, mais un véritable monstre sans remords. Le réalisateur, Jim Sharman, affirmait d’ailleurs que “les femmes trans ne devraient pas être considérées comme des femmes”.
Une identité ambiguë
La Cage aux folles sort dans un contexte où le mouvement transgenre est encore associé au monde de la nuit et aux cabarets, et de la même façon au travestissement. En effet, le terme “transgenre” est employé pour la première fois par Virginia Prince l’année de sortie du film, en 1978, même s’il ne commencera véritablement à être employé que vers les années 90. Ainsi dans l’oeuvre d’Edouard Molinaro, Albin ne peut être véritablement qualifié de transgenre, puisque la pièce de Jean Poiret dont est inspiré le film est antérieure à l’apparition du terme (sortie en 1973).
Un registre tragi-comique ?
La question qu’il est intéressant de se poser est celle-ci : est-ce un hasard si le personnage d’Albin/Zaza est si triste ? En effet, le réalisateur aurait pu décider d’en faire un personnage enjoué, joyeux et sans soucis : pourtant, Albin est sous anti-dépresseurs, et il est évident qu’il est très malheureux. Serait-ce un phénomène que le réalisateur aurait pu observer dans la communauté trans/travesti durant son époque ? Dans ce cas, le personnage serait révélateur du mal-être ressenti derrière la couche de clichés que le film utilise à des fins comiques.
Ce film est conçu pour faire rire les spectateurs ; cependant, il est aussi un témoignage du regard posé sur les personnes dérogeant aux normes de genre dans les années 70, et peut illustrer les difficultés que ces derniers rencontrent. Ils sont incompris des autres, insultés et rejetés, parfois même au sein de leur propre famille. Ce film est donc bien un reflet de la société.
Une représentation biaisée mais utile
On peut noter que la pièce de théâtre éponyme n’a pas été bien accueillie parmi la communauté LGBT+ à l’époque : certaines militantes s’étaient en effet confrontées à l’auteur, en lui renversant le contenu d’une poubelle sur la tête. On peut donc supposer que c’était à leurs yeux une représentation insultante et peu bienvenue.
On ne peut pas forcément qualifier ce film d’oeuvre avancée ou avant-gardiste, parce qu’elle est très ancrée dans une époque où la transidentité n’est pas vraiment reconnue et que ce qui s’y apparente n’est qu’un sujet comique. Elle présente néanmoins certains aspects progressistes, comme les scènes qui inspirent de l’empathie pour Albin, ou le simple fait qu’un personnage comme lui soit représenté à l’écran. En effet, même une représentation tronquée reste une représentation. Ce film n’offre pas une vision particulièrement tolérante de la transidentité, cependant il ouvre la porte à d’autres œuvres sur le même sujet, et commence ainsi à briser le tabou qui l’entoure, ce qui permet de faire progresser un peu sa médiatisation.
