Mise en relation

Un cinéma progressiste

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Priscilla, folle du désert a eu un réel succès à son époque, comme en témoigne le Prix du Public qu’il a remporté à Cannes l’année de sa sortie. Ce film datant de 1994 relie une fois de plus la transidentité avec le milieu du spectacle et des cabarets : bien que les années 80 aient constitué une rupture avec celui-ci, on remarque que la représentation cinématographique reste très axée sur cet aspect de l’émancipation des personnes trans et peine à détacher l’un de l’autre.

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Tout sur ma mère sort au cinéma seulement quatre ans plus tard, et pourtant, ces deux films sont très éloignés l’un de l’autre : préférant l’émotion à l’humour, l’oeuvre d’Almodóvar est très inclusive et la transidentité y est complètement « normalisée », acceptée comme un fait. Le cinéaste va plus loin encore en nous présentant deux personnages trans avec une personnalité forte et un caractère bien marqué : ni Agrado ni Lola ne sont définies seulement par leur identité de genre. Si les trans s’éloignent des clichés, ils restent cependant liés au monde de la prostitution, ce qui est révélateur de la difficulté à dissocier l’un de l’autre dans leur représentation au cinéma.

Certains clichés subsistent

S’il est évident que le cinéma de l’époque a constitué une grande avancée dans la représentation des personnes trans, les films se cantonnent encore à certains milieux qui sont invariablement associés au monde de la transidentité. Ils sont au nombre de deux : les cabarets, et la prostitution. Même s’ils pouvaient encore constituer une réalité pour quelques personnes, l’histoire a effectué de grandes avancées et a permis de finalement détacher les trans de ces milieux, ouvrant ainsi un champ de vision plus large sur le thème. De plus, ces deux films apparaissent à la fin des années 90, lorsque le mouvement acquiert une meilleure compréhension par la société. Il est donc dommage que Tout sur ma mère et Priscilla, folle du désert conservent ces poncifs, car ils montrent au grand public une image qui commence déjà à appartenir au passé.

Une représentation positive

La transidentité est clairement indiquée dans les deux films, contrairement à La cage aux folles par exemple, où on peut déceler une ambiguïté sexuelle plus qu’autre chose. Cela est très lié à l’évolution du statut des trans, dont l’existence est enfin reconnue à partir des années 1980. Il est intéressant de voir comme les trois femmes trans présentées ici sont fortes, émouvantes et singulières. Les films ne se cantonnent pas à une seule image de la transidentité, mais au contraire multiplient les représentations et cultivent les différences entre chaque personnage. On peut associer ce progrès à l’explosion des associations et des mouvements LGBT+, qui sensibilisaient de plus en plus à la cause trans et qui, dès 1994, demandaient la dépsychiatrisation du terme « transsexuel » : c’est la preuve qu’il existait une volonté d’aller au-delà d’une simple prise en considération, et un désir d’être accepté et respecté indépendamment de son identité de genre.

Un dépassement des mentalités ?

On pourrait parler pour ces deux films d’un véritable dépassement de leur contexte historique, car ils constituent des oeuvres avant-gardistes de par la tolérance et l’inclusivité dont ils font preuve. En effet, dans les années 80-90, des actions transphobes telles que des violences, voire des meurtres de personnes trans ou affiliées au mouvement continuent de se produire. Les législations se montrent rigides à leur égard, et c’est tout juste si on reconnait leur existence. Cependant, grâce aux différents alliés de la communauté et aux multiples associations qui les défendent, une plus grande visibilité est rendue possible. Ces films ont une action tout aussi progressiste, en délivrant une représentation bienveillante et émotive de la transidentité, et malgré certains clichés, vont au-delà des mentalités arriérées qui subsistaient à cette époque.