Une représentation de plus en plus riche et variée
Tomboy, de Céline Schiamma

Tomboy est un film français datant de 2011 ; il est assez troublant car il peut s’interpréter de deux manières différentes. D’une part, Laure/Mickaël peut être perçue comme une petite fille “garçon manqué” qui se laisse prendre au jeu de se faire passer pour un garçon auprès de ses nouveaux voisins. D’autre part, on peut penser que Laure/Mickaël se sent réellement garçon mais est obligé de nier son identité à cause de la pression qu’exercent sa mère et les autres enfants sur lui.
Le titre « Tomboy » (qui signifie “garçon manqué” en anglais) et le résumé qui présente Laure comme une “petite fille” sans réelle ambiguïté de genre peuvent nous éclairer sur l’idée que s’en fait la réalisatrice.
Néanmoins, rien dans le film ne permet de trancher définitivement. Il y a d’ailleurs un passage qui autorise le doute : la petite soeur du personnage principal, qui l’appelle “Mickaël” et “mon grand frère” devant les autres enfants, genre de nouveau au masculin Laure/Mickaël durant un moment d’intimité entre les deux où il ne serait pourtant plus nécessaire de faire semblant. A-t-elle compris que cela est plus qu’un jeu pour sa « sœur » ? Est-elle le seul personnage qui comprend et accepte l’identité de genre de Mickaël ?
Tomboy est, dans les deux cas, une réflexion sur la frontière du genre chez les enfants, qui peut donc aisément s’assimiler à un questionnement sur la transidentité dès le plus jeune âge.

Image tirée de Tomboy 
Image tirée de The Danish Girl
On y retrouve des thématiques et motifs communs avec The Danish Girl, sorti cinq ans plus tard. En effet, il y a une scène durant laquelle l’enfant se regarde dans un miroir et inspecte sa poitrine et son dos. Cela nous rapelle la scène de The Danish Girl où Einar/Lili se tient face à un miroir et s’observe, puis cache son pénis.
Les miroirs sont des éléments récurrents et importants dans le cinéma trans actuel car ils symbolisent l’image que renvoient d’eux-même les personnages, la façon dont ils se perçoivent et leur rapport au corps (souvent un rapport de dégoût ou d’incompréhension).
Laurence Anyways, de Xavier Dolan

Source : imdb.com 
Source : onf.ca
Deux affiches de Laurence Anyways
Laurence Anyways est un film franco-québécois datant de 2012 qui se déroule dans les années 90. Ce film axe la représentation de la transidentité à travers l’histoire d’amour entre Laurence et Fred. Ce couple devra surmonter de nombreuses épreuves à partir de l’annonce de Laurence qu’elle est une femme trans. En effet, Fred commence d’abord par rejeter Laurence car elle ne comprend pas son identité de genre. Elle lui fait des reproches et veut s’éloigner d’elle pendant un temps. Cependant, Fred finit par comprendre Laurence et accepter totalement sa transidentité, elle la supporte dans sa transition et admire son courage. Le couple se voit pourtant obligé de se séparer car ils n’arrivent plus à s’entendre et ne désirent plus les mêmes choses.
Un autre des motifs récurrents des films trans est l’agression transphobe. En plus de l’agression, Laurence doit également faire face à des remarques déplacées et à son licenciement provoqué par des parents mécontents que leurs enfants aient une professeure trans.
Girl, de Lukas Dhont

Girl est un film belgo-néerlandais datant de 2018. Ici la représentation faite de la transidentité est touchante et fait véritablement l’objet du film tout entier. Lara, qui veut devenir danseuse étoile, pousse son corps à bout à force d’exercices et se fait du mal physiquement (en portant par exemple du sparadrap autour de son pénis). Elle finira même par effectuer un acte d’auto-mutilation tant elle ne peut supporter ce corps masculin. Il est intéressant de voir comment elle gère sa relation avec un jeune garçon, à qui elle fait une fellation durant laquelle il prend beaucoup de plaisir – parce qu’elle sait comment lui en donner. Cet acte lui confère un certain pouvoir du fait de sa transidentité : le personnage ne fait plus que subir, il a des atouts.
Malgré son entourage qui lui apporte du soutien, on ressent une réelle souffrance et un rejet de son corps de la part de Lara, ce qui témoigne de sa dysphorie de genre. De plus, l’évocation de son dead name, qui n’apparaît qu’une seule fois dans le film, la met dans une colère noire.

Source : fr.metrotime.be 
Source : rtl.fr
Encore une fois, les miroirs sont fréquemment montrés à l’écran, toujours dans le même but : mettre en évidence la perception qu’a Lara de son corps et la haine qu’elle éprouve envers ce qui lui rappelle son genre assigné à la naissance.
On retrouve ainsi certains points communs dans l’attitude de Lara et celle de Lili de The Danish Girl : rejet du corps, impatience d’effectuer l’opération et acceptation de tous les risques (infections, échec ou décès), ainsi que des comportement dangereux pour leur propre santé.
Un reflet parfois inexact de la réalité
Dans beaucoup de films, la transidentité est fortement associée au rejet du corps et à la souffrance physique et psychique, alors que ce n’est pas un ressenti partagés par toutes les personnes trans.
De plus, malgré des accueils dans l’ensemble positifs, certains militants trans ont montré leur désapprobation envers ces films. Par exemple, Girl a été critiqué pour des aspects voyeuristes qui fétichisent le corps des personnes trans et un ton trop dramatique. Une partie de la communauté trans voudrait en effet visionner un contenu cinématographique qui aborde le sujet de manière plus légère et banale.
Raconter une autre époque
On remarque que plusieurs films des années 2000-2010 racontent la transidentité à travers une autre époque de l’histoire, comme The Danish Girl qui se passe dans les années 30 et Laurence Anyways dans les années 90. Ceci n’est pas anodin : en effet, cela marque une évolution et permet de prendre du recul sur le témoignage de ce qu’a été la condition des personnes trans par le passé. Hooper et Dolan, par un procédé de rétrospection, souhaitent porter un regard bienveillant sur la transidentité en montrant que ce phénomène ne date pas d’hier et en faisant réaliser au spectateur que les mentalités ont progressé depuis l’époque dans laquelle le récit des films s’inscrivent. Leurs films tendent donc à nous faire comprendre que le progrès est possible et ont pour but de changer et d’améliorer la société.
Le film Girl, qui se passe à notre époque, est également intéressant : on y voit par exemple qu’aujourd’hui, en opposition avec les années 30 de The Danish Girl, les mentalités des médecins sont beaucoup plus ouvertes et compréhensives à la transidentité !
Des comportements transphobes dénoncés
On peut également mettre en lumière le fait que ces films dénoncent bien une triste réalité. Ils reflètent certaines problématiques auxquelles sont confrontées les personnes trans à l’heure actuelle : la curiosité malsaine envers leurs parties génitales, les agressions, l’emploi des dead names et des mauvais pronoms, la difficulté de la transition (prise d’hormones, opération ou simplement validation sociale). Ainsi, les récits de ces films rappellent les injustices qui sont encore faites à la communauté trans et amènent le spectateur à se mettre à la place des personnages trans, par les yeux desquels on voit la situation. La stratégie est réellement de toucher le spectateur en lui faisant vivre les émotions extrêmes que peuvent ressentir les personnes trans.
Nous pouvons donc penser que ce cinéma va contribuer à une normalisation de la transidentité et à une prise de conscience collective des combats qu’il reste à mener pour les droits des personnes trans. Ainsi, ces films nés de leur époque l’influenceront directement et participeront à faire avancer les mentalités.
